Restauration et gastronomie en Corse

RESTAURATION EN CORSE : GASTRONOMIE ET BONNES TABLES


Du figatellu à la paillote : bien manger en Corse, mode d'emploi

La Corse à table : une cuisine de bergers, de pêcheurs et de montagnards


Gastronomie corse — assiette de charcuterie et fromage

La cuisine corse n'est pas une cuisine de chef — c'est une cuisine de terroir, forgée par des siècles d'isolement montagnard et d'élevage pastoral. Chaque produit raconte un paysage : la charcuterie sent le maquis parce que les cochons y vivent en liberté, le fromage a le goût de la montagne parce que les brebis broutent en altitude, et la châtaigne — surnommée l'arbre à pain — a nourri des générations entières quand le blé ne poussait pas. C'est aussi une cuisine de saison : le brocciu se produit de novembre à juin, le figatellu se mange en hiver, le veau corse se déguste au printemps.

Pour le visiteur, la table est l'une des meilleures portes d'entrée dans la culture de l'île. Voici ce qu'il faut savoir pour manger bien, manger vrai, et ne pas se faire piéger par les imitations.


Les produits — ce qu'il faut goûter

La charcuterie corse AOP


Charcuterie corse AOP — lonzu, coppa et prisuttu

C'est la fierté de l'île. La race porcine corse, reconnue en 2006, donne des cochons noirs élevés en liberté dans le maquis et les châtaigneraies, nourris de glands, de châtaignes et de racines. De cette matière première naissent six pièces maîtresses, dont trois en AOP depuis 2012 : le lonzu (échine désossée, séchée et affinée), la coppa (échine entière, salée et fumée), et le prisuttu (jambon sec affiné douze à dix-huit mois). S'y ajoutent le figatellu (saucisse de foie fumée, consommée fraîche en hiver ou sèche au printemps), la panzetta (poitrine), et le salamu (saucisson).

Attention aux imitations : la charcuterie artisanale corse se vend entre 30 et 50 € le kilo. Si vous trouvez du figatellu à 16 €, c'est de l'industriel — probablement fabriqué avec du porc du continent. L'AOP garantit l'origine, mais elle ne couvre pour l'instant que la coppa, le lonzu et le prisuttu.

Le brocciu, roi des fromages corses


Le brocciu (prononcer « broutch ») est le seul fromage corse en AOP. Fabriqué à partir du lactosérum de brebis ou de chèvre — le petit-lait réchauffé et recueilli — il a une texture aérienne et un goût lacté, doux et légèrement salé. On le mange frais nature, avec du sucre ou de la confiture au petit-déjeuner, mais il est surtout l'ingrédient de base de dizaines de recettes : omelettes au brocciu, cannelloni au brocciu, beignets au brocciu, et bien sûr le fiadone, ce gâteau au brocciu et au citron qui est le dessert emblématique de l'île.

Le brocciu frais ne se produit que de novembre à juin. Hors saison, on trouve le brocciu sec, dit passu, affiné et plus corsé, que l'on râpe sur les pâtes comme du parmesan. Parmi les autres fromages corses, la tomme de brebis — casgiu merzu, venachese, niolu, calenzana — se décline du frais au très affiné, avec des caractères de plus en plus puissants.

La châtaigne, l'arbre à pain corse


Pendant des siècles, la châtaigne a été la base de l'alimentation des villages de l'intérieur. La farine de châtaigne AOP (farina castagnina) sert à préparer la pulenta, cette bouillie épaisse servie avec du brocciu ou du figatellu, découpée en tranches au fil comme une polenta. On en fait aussi des beignets, des gâteaux, des crêpes et le brilluli, sorte de bouillie sucrée.

La Castagniccia, cette région de collines au sud de Bastia couverte de châtaigniers centenaires, reste le cœur de la production. La foire de la châtaigne se tient à Bocognano le premier week-end de décembre, avec démonstrations de séchage, broyage et cuisson dans les fours traditionnels.

Les plats traditionnels


La cuisine corse du quotidien tourne autour de quelques plats qui se transmettent de génération en génération. La soupe corse (suppa corsa), épaisse de légumes, de haricots et de charcuterie, est le plat d'hiver par excellence. Le veau aux olives est un ragoût lent, aromatique, qui rassemble la tendreté du veau corse — une race rustique et petite — et l'intensité des olives locales. Le civet de sanglier à la liqueur de myrte, le cabri rôti aux herbes du maquis, l'agneau de lait grillé au feu de bois et les aubergines à la bonifacienne complètent le répertoire.

En bord de mer, l'aziminu est la bouillabaisse corse : soupe de poissons de roche — rascasse, Saint-Pierre, congre, grondin — parfumée au safran, au thym et relevée d'un bouchon de pastis. Et les sardines et supions grillés, simplement arrosés d'huile d'olive et de citron, restent le meilleur repas qu'on puisse faire les pieds dans le sable.

Les desserts


Les desserts corses sont simples et se retrouvent sur toutes les tables. Les canistrelli, petits gâteaux secs aux amandes, au citron ou à l'anis, se grignotent avec le café toute la journée. Le fiadone, tarte sans pâte au brocciu et au citron, a une texture aérienne et une croûte légèrement craquelée. Les frappes, beignets soufflés saupoudrés de sucre, apparaissent aux mariages et aux baptêmes. Les falculelle, petites galettes au brocciu cuites sur une feuille de châtaignier, sont une spécialité de Corte et de la Castagniccia.

Et puis il y a la confiture de figues, la gelée d'arbouse, le miel AOP de Corse — miel de maquis, de châtaignier ou de printemps — qui accompagnent le petit-déjeuner et se ramènent dans les valises.


Les vins et boissons — ce qu'il faut boire

Les vins corses


Vins de Corse — dégustation dans un domaine viticole

La Corse viticole vit une renaissance. L'île compte neuf appellations d'origine, portées par trois cépages autochtones que l'on ne trouve pratiquement nulle part ailleurs. Le nielluccio, parent du sangiovese toscan, donne les rouges puissants et structurés de Patrimonio. Le sciaccarellu, dont le nom signifie « craquant », produit les rouges fins et parfumés d'Ajaccio et de Sartène. Le vermentinu, appelé aussi malvoisie de Corse, est à l'origine de blancs secs remarquables, aromatiques et vifs.

Les deux crus les plus réputés sont le Patrimonio, au nord, sur les sols calcaires du Nebbio, et l'Ajaccio, au sud-ouest, sur les coteaux granitiques. Les appellations Corse-Calvi, Corse-Sartène, Corse-Figari, Corse-Porto-Vecchio et Coteaux du Cap Corse complètent le paysage. Et le muscat du Cap Corse, vin doux naturel d'une rare finesse, est le compagnon parfait du fiadone. La plupart des domaines se visitent et proposent des dégustations — renseignez-vous à l'office de tourisme local.

Les apéritifs et liqueurs


L'apéritif corse, c'est le Cap Corse Mattei, ce quinquina brun créé en 1872 à Centuri, que l'on boit frais avec une tranche d'orange. La liqueur de myrte, rouge (faite avec les baies) ou blanche (avec les feuilles), accompagne le dessert ou se sert en digestif. La liqueur de châtaigne, l'eau de vie de cédrat et la bière Pietra — brassée à la farine de châtaigne, première bière corse — complètent le bar.

Et il faut goûter l'eau d'Orezza, eau gazeuse ferrugineuse qui jaillit en Castagniccia, connue depuis l'Antiquité pour ses propriétés. On la trouve dans tous les restaurants corses.


Où manger — les types de restauration

Les restaurants


Les restaurants corses vont de la table gastronomique étoilée au bistrot de village. La plupart se concentrent dans les villes côtières — Ajaccio, Bastia, Calvi, Porto-Vecchio, Bonifacio, Propriano — et dans les stations balnéaires. En été, la réservation est vivement recommandée, surtout le week-end et dans les établissements réputés.

Comptez 25 à 40 € par personne pour un repas complet dans un restaurant de bonne tenue, 15 à 20 € dans un bistrot ou une pizzeria, et 60 à 100 € dans un restaurant gastronomique. La carte des vins met toujours en avant les AOC locales — profitez-en, les mêmes bouteilles coûtent deux à trois fois plus cher sur le continent.

Les fermes-auberges


Repas dans une ferme-auberge corse

C'est l'expérience culinaire la plus authentique de Corse. La ferme-auberge est un restaurant à la ferme où l'on ne mange que ce que le propriétaire produit ou élève : charcuterie de ses cochons, fromage de ses brebis, légumes de son potager, vin de sa vigne. Le menu est unique, copieux, et servi pour tout le monde en même temps, souvent en plein air sous les châtaigniers.

On en trouve dans l'arrière-pays — Castagniccia, Niolo, Alta Rocca, Balagne intérieure, vallée du Taravo. Comptez 25 à 35 € pour un repas complet avec vin, fromage et dessert. Réservez la veille, car les places sont limitées — dix à vingt couverts — et les fermes-auberges n'ouvrent pas tous les jours.

Les marchés


Les marchés sont le meilleur endroit pour acheter directement aux producteurs. Les trois plus importants : le marché d'Ajaccio (place Foch, tous les matins sauf le lundi), le marché de Bastia (place de l'Hôtel-de-Ville, le samedi et le dimanche matin), et le marché couvert de L'Île-Rousse, bâtiment du XIXe siècle soutenu par vingt et une colonnes, ouvert tous les matins en saison.

On y trouve charcuterie, fromages, miel, confitures, huile d'olive AOP, farine de châtaigne, canistrelli, vins — et les conseils des producteurs. En été, des marchés artisanaux se tiennent le soir dans de nombreux villages, avec musique et dégustations.

Les paillotes et les snacks de plage


Les paillotes sont ces restaurants les pieds dans le sable, ouverts d'avril à octobre, qui font partie du paysage estival corse. On y mange du poisson grillé, des salades, des moules, les pieds dans l'eau ou presque. Les plus connues bordent les plages de Palombaggia, Santa Giulia, Cupabia, la Tonnara et la plage de l'Ostriconi.

Les prix y sont plus élevés qu'en ville — comptez 20 à 40 € pour un repas — mais l'emplacement fait tout. Pour un budget plus serré, les snacks de plage et les camions-pizza proposent panini, salades et parts de pizza pour moins de 10 €.

Ramener des produits corses


Les spécialités corses se transportent bien et font d'excellents souvenirs. La charcuterie sèche — coppa, lonzu, prisuttu, salamu — se conserve plusieurs semaines hors du réfrigérateur. Les canistrelli, le miel, la confiture de figues, l'huile d'olive et la farine de châtaigne voyagent sans problème.

Achetez de préférence aux producteurs, aux marchés ou dans les épiceries fines plutôt que dans les boutiques de souvenirs des ports, où la provenance est parfois douteuse. Le label AOP (coppa, lonzu, prisuttu, brocciu, miel, huile d'olive, farine de châtaigne) est la meilleure garantie d'authenticité.

Bon à savoir


   Réservez en été : les bons restaurants et les fermes-auberges affichent complet, surtout le week-end. Appelez la veille.

   Méfiez-vous des imitations : le figatellu à 16 € le kilo n'est pas corse, pas plus que la charcuterie « type corse » sans label. Le prix élevé a une raison : les porcs sont élevés en liberté pendant dix-huit mois.

   Le figatellu se mange en hiver : de novembre à mars. En été, c'est du figatellu sec de l'année précédente, correct mais pas la même chose.

   L'huile d'olive corse AOP est produite en petite quantité et coûte 25 à 40 € le litre. C'est une huile douce, fruitée, qui n'a rien à voir avec les huiles d'entrée de gamme.

   Le bon plan : les fermes-auberges de Castagniccia et du Niolo offrent les repas les plus copieux et les plus authentiques pour le prix le plus bas.


En Corse, chaque repas est un voyage dans le terroir.

Buon appetitu !

Vous avez choisi la CORSE ??
Pour un coup d'essai, c'est un coup de maître.

La CORSE, le maquis, la mer... et VOUS.

Comment venir en Corse