Faune de Corse — mouflon dans les montagnes

LA FAUNE DE CORSE


Mouflons, gypaètes, mérous et sitelles : une île-refuge pour la vie sauvage

La faune de Corse : une île-refuge pour des espèces uniques


La faune de Corse — mouflon dans les montagnes

L'insularité de la Corse, séparée du continent depuis des millions d'années, a façonné une faune singulière. Moins riche en espèces que le continent — ni ours, ni loup, ni vipère —, l'île abrite en revanche des sous-espèces et des espèces que l'on ne trouve nulle part ailleurs au monde. Le mouflon de Corse, la sitelle corse, l'euprocte de Corse et le lézard de Bedriaga comptent parmi ces trésors endémiques, protégés par un Parc naturel régional qui couvre plus du tiers de l'île. Et ses mille kilomètres de côtes, ses réserves marines et ses étangs littoraux accueillent une faune aquatique d'une richesse que la Méditerranée a perdue presque partout ailleurs.


Les mammifères

Le mouflon de Corse


Mouflon de Corse dans les montagnes

Le mouflon de Corse (Ovis gmelini musimon) est l'emblème de l'île — c'est lui que l'on retrouve sur le logo du Parc naturel régional. Présent depuis le néolithique, il a failli disparaître au XXᵉ siècle sous la pression de la chasse : il n'en restait qu'une centaine dans les années 1950. Interdit de chasse depuis 1955, il a été patiemment protégé et sa population remonte aujourd'hui à environ 800 à 1 000 individus.

On l'observe dans les massifs du Cinto et de Bavella, entre 1 000 et 2 500 mètres d'altitude, au lever du jour ou en fin d'après-midi. Munissez-vous de jumelles, gardez vos distances et restez silencieux. Les mâles portent de grandes cornes en spirale ; les femelles, plus petites, se fondent dans le paysage rocheux.

Le cerf de Corse


Le cerf élaphe de Corse (Cervus elaphus corsicanus), plus petit que son cousin continental, avait totalement disparu de l'île au XXᵉ siècle, victime de la chasse et du braconnage. Une population a survécu en Sardaigne, et un programme de réintroduction mené depuis les années 1990 a permis de relâcher des cerfs dans plusieurs zones du Parc naturel, notamment en Castagniccia et dans la forêt de Quenza. L'espèce, classée « vulnérable » par l'UICN, se rétablit lentement.

L'observer reste difficile : le cerf corse est discret, forestier, et actif au crépuscule. Le brame, en septembre et octobre, est le meilleur moment pour l'entendre — un son grave et profond qui résonne dans les vallées.

Le sanglier et les animaux du maquis


Le sanglier corse est omniprésent dans le maquis et les forêts — environ 30 000 animaux, malgré 10 000 prélèvements par an à la chasse, institution locale. Vous le croiserez probablement au bord de la route, surtout à la tombée de la nuit. Les renards, lièvres, lapins sauvages et belettes corses complètent la faune terrestre.

Quant aux cochons corses en semi-liberté — les fameux porcs noirs qui errent dans le maquis et les châtaigneraies —, ce ne sont pas des animaux sauvages mais des porcs domestiques élevés en plein air. Ils traversent les routes comme bon leur semble. Les vaches corses, petites et brunes, font de même. C'est un classique corse : il faut freiner pour les animaux.

L'âne corse et les races domestiques


L'âne corse, reconnu comme race en 2007, est un petit animal robuste et endurant qui a longtemps été le compagnon de travail des villages de montagne. Aujourd'hui protégé et valorisé, il fait l'objet de balades accompagnées dans plusieurs régions — une activité douce, accessible aux enfants. Le cheval corse, race rustique montagnarde, et le cursinu, chien berger corse reconnu en 2003, complètent le trio des races domestiques propres à l'île.


Les oiseaux

La sitelle corse, unique oiseau endémique de France


Sitelle corse dans un pin laricio

La sitelle corse (Sitta whiteheadi) est le seul oiseau endémique de France métropolitaine : elle n'existe nulle part ailleurs au monde. Ce petit passereau grimpeur de 12 centimètres, au plumage gris bleuté, noir et blanc, vit exclusivement dans les forêts de pins laricio, entre 800 et 1 800 mètres d'altitude. Elle se nourrit de pignons qu'elle décortique en grimpant tête en bas le long des troncs — un comportement typique des sitelles.

Classée « vulnérable », elle est menacée par les incendies de forêt et la dégradation de son habitat. Pour l'observer, les forêts de Vizzavona, d'Aïtone et de Bavella sont les meilleurs sites. Tendez l'oreille : son cri, un « tsit tsit » aigu, trahit sa présence avant que l'œil ne la repère.

Les grands rapaces


Le ciel corse est le domaine de rapaces spectaculaires. Le gypaète barbu (Gypaetus barbatus), que les Corses appellent l'Altore, est un vautour à l'envergure de près de trois mètres qui se nourrit exclusivement d'os : il les brise en les laissant tomber d'altitude sur des dalles rocheuses — les « pierriers ». Une dizaine de couples nicheurs subsistent en Corse, ce qui fait de l'île l'un de ses derniers refuges en Europe occidentale.

L'aigle royal habite les hautes cimes du Cinto, du Monte d'Oro et des aiguilles de Bavella. Le balbuzard pêcheur, rapace qui plonge pattes en avant pour capturer des poissons, niche sur les falaises du Cap Corse et de la réserve de Scandola — c'est l'un des symboles de la réserve. Le faucon pèlerin, le milan royal (surtout en Balagne) et le faucon d'Éléonore complètent ce tableau.

Les oiseaux de mer et du littoral


Le goéland d'Audouin, espèce rare et protégée, niche sur les îles Finocchiarola au nord du Cap Corse — la Corse est le seul endroit de France où on peut l'observer. Le cormoran huppé est le plus visible le long du littoral, perché sur les rochers les ailes ouvertes. Les sternes, les puffins et les hérons pourprés fréquentent les étangs et les lagunes, notamment l'étang de Biguglia au sud de Bastia, réserve naturelle et site Ramsar, qui accueille plus de 200 espèces d'oiseaux.


Reptiles, amphibiens et monde sous-marin

Les reptiles et amphibiens


La bonne nouvelle pour les randonneurs : il n'y a aucun serpent venimeux en Corse. Deux couleuvres inoffensives — la couleuvre à collier et la couleuvre verte et jaune — sont les seuls serpents de l'île. La tortue d'Hermann, présente en Corse depuis plus de 300 000 ans, est en voie de disparition : elle se réfugie dans le maquis bas et les espaces ouverts du littoral.

L'euprocte de Corse (Euproctus montanus), petit amphibien brun à jaune, est strictement endémique : il ne vit que dans les torrents d'altitude de l'île, entre 200 et 2 000 mètres. La salamandre corse, le discoglosse corse (petite grenouille) et le lézard de Bedriaga — endémique de Corse et de Sardaigne — complètent cette faune discrète mais remarquable.

La faune marine


Mérou brun dans les eaux corses

Les eaux corses, parmi les plus claires et les plus propres de Méditerranée, abritent une faune sous-marine riche et protégée. Les mérous bruns, longtemps chassés, sont revenus en nombre dans les réserves — aux Lavezzi, à Scandola, aux Cerbicales — où ils se laissent approcher par les plongeurs. Les corbs, les dentis, les barracudas de Méditerranée, les murènes, les langoustes et les coraux rouges peuplent les fonds rocheux.

Au large, les dauphins — grands dauphins et dauphins bleus et blancs — fréquentent les eaux entre la Corse et la Sardaigne. Des rorquals communs, deuxièmes plus gros animaux du monde, traversent le sanctuaire Pelagos en été. Et les tortues caouannes sont régulièrement observées au large de la côte est.

Où observer la faune en Corse


   Réserve de Scandola (côte ouest) : balbuzards pêcheurs, dauphins, mérous, cormorans huppés. Accessible uniquement par bateau.

   Étang de Biguglia (sud de Bastia) : plus de 200 espèces d'oiseaux, hérons, flamants en migration, tortues cistudes.

   Forêts de Vizzavona et d'Aïtone : sitelle corse, pic, cerfs réintroduits.

   Massifs du Cinto et de Bavella : mouflons, aigles royaux, gypaètes barbus.

   Îles Lavezzi et Cerbicales : mérous, corbs, coraux, tortues caouannes.

   Cap Corse (îles Finocchiarola) : goéland d'Audouin, balbuzard pêcheur.

   Bon à savoir : la Corse ne compte aucun serpent venimeux, aucun requin dangereux pour l'homme, aucun grand prédateur terrestre. C'est une île sûre pour la randonnée et la baignade — la seule nuisance est la malmignatte, petite araignée cousine de la veuve noire, dont la morsure est douloureuse mais rarissime.


La Corse est l'une des dernières terres sauvages de Méditerranée.

Observez, respectez, préservez.

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